Je me sens infiniment petite, oui. Et c'est dans ce genre de moments que je m'en rends le plus compte, quand je me retrouve en tête à tête avec la nuit. Quand j'essaie d'aspirer de grandes bouffées de l'air chargé de milliers de particules d'odeurs différentes mais qui ne forme qu'un tout. Cet air frais et chaud à la fois, celui des nuits d'été, qui émane du sol, de l'écorce des arbres, de tous les plus infimes recoins du jardin. Cet air pur et familier, rassurant et prenant.
J'ai beau essayer d'en capturer un maximum, en inspirant à répétition, il reste inaccessible, il est là mais on ne peut pas le saisir. Et puis ça me parait tellement beau, tellement agréable que j'ai envie de pouvoir le décrire, le peindre, le dessiner, pouvoir extérioriser tout ce que cela fait naître en moi mais je n'y arrive pas. C'est là un point c'est tout.
Et puis ce genre de cadre ça pousse à la réflexion, et plus particulièrement à l'introspection. Et je me retrouve avec moi-même, à faire des constats, à essayer d'ordonner mes pensées, à les passer en revue, à les démêler, à essayer de leur trouver une explication, un point finale pour toujours finir par être dépassée. Et à chaque fois durant ce genre d'instant, je me dis qu'il y aura toujours un tas de choses qui nous échapperont et qu'il faudrait des décennies voir plus pour pouvoir s'y pencher de plus près. Et puis il y a les envies, les désirs, les suppositions, les incertitudes qui eux-mêmes rapportent leur lot de complications, de questionnements et ça forme un brouhaha sans fin qui est renvoyé là d'où il vient une fois la cigarette écrasée, la dernière note endormie ou bien la page tournée. Et effectivement dans ce genre de moments je me sens petite, très petite.